Hausse des taux : que vont devenir les entreprises zombies ?

Par Cassandra Duhamel

Les zombies, dans la littérature, sont des cadavres revenus à la vie sans conscience dont le mal est terriblement contagieux. Loin d’être fictifs, les zombies sont bien réels en termes économiques.

Une firme « zombie » est généralement définie comme une firme active sur le marché, mais peu productive, à la dette élevée et à faible rentabilité. C’est une firme qui aurait dû succomber mais pourtant survie par la présence de conditions financièrement avantageuses.En effet, les mesures exceptionnelles prises à la suite de la pandémie par le gouvernement, citons un PGE à hauteur de 120 milliards d’euros, comme par les banques centrales – augmentation et prolongement des programmes de rachats d’actifs – n’ont pas été neutres à long terme sur l’économie. Elles ont notamment maintenu en vie des entreprises non viables promises à disparaître. Cependant, le ton a changé, la BCE est maintenant décidée à resserrer sa politique monétaire. Cela sera-t-il suffisant pour sauver l’économie de la zombification ?

contexte actuel

Le débat autour des entreprises dites zombies n’est pas nouveau. Cette appellation est née au Japon, lors de la décennie perdue des années 1980. Mais ce phénomène a pris de l’ampleur jusqu’à être au centre des débats économiques lors de la crise de la Covid-19.

Favorisées par les mesures monétaires ou budgétaires prises lors des crises, leur nombre a tendance à augmenter sans se résorber. Selon les estimations de Banerjee et Hofmann (2020), qui retiennent uniquement les entreprises cotées, c’est-à-dire le nombre d’entreprises zombies cotées sur le total des entreprises cotées, leur part atteindrait 15 % en 2017 contre environ 4 % à la fin des années 1980. 

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Causes

Les avantages financiers qui ont pu profiter à la création d’une entreprise zombie sont multiples. Le dégonflement des bulles immobilière et boursière, lors de la crise nippone, a fragilisé le système bancaire national. Face à l’absence de soutien étatique et à l’envolée de l’explosion des bulles d’actifs et à la montée des créances douteuses, celles-ci ont continué à prêter à des entreprises non-rentables, afin de dégager davantage de bénéfices. En effet, il existe des asymétries d’informations entre le demandeur de prêts bancaires et la banque. Pour la banque, évaluer justement des pertes en capital dans le cas du non-remboursement d’un crédit entraîne une hausse de ses coûts ce qui entraîne une diminution de sa marge. Ainsi, le phénomène de zombification est fortement lié à la fragilisation d’un système bancaire.

Ce phénomène n’est également pas indifférent à une politique monétaire accommodante. Ainsi une baisse des taux réduit le coût d’emprunt des entreprises ce qui favorise leurs financements par le crédit. De plus, dans ce contexte, les banques prennent plus de risques et financent des firmes qui ne l’auraient pas été en présence de taux plus élevés. La baisse prolongée des taux d’intérêt depuis le début des années 1980, mais aussi le quantitative easing mis en place face à la pandémie qui ont réduit la pression financière sur l’ensemble des entreprises, sont ainsi mises en avant pour expliquer cette “prolifération” des firmes zombies en Europe. Le 16 mars 2020, la veille du premier confinement, Emmanuel Macron a annoncé en ces mots “Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite”, amorçant ainsi un plan massif de soutien à l’économie. Le prêt garanti par l’État (PGE), les exonérations de charges et le fonds de solidarité devaient aider les entreprises fragilisées par la crise de la Covid-19 à faire face à leur insuffisance de trésorerie et leur éviter ainsi la faillite. 700.000 entreprises ont pu ainsi s’endetter sur 6 ans, avec un report possible de remboursement jusqu’à 10 ans.

Pour de nombreuses entreprises, cependant, ces aides n’ont été qu’un facteur de report de défaillance. Selon la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) “18 % des dirigeants interrogés estiment aujourd’hui ne pas avoir la trésorerie suffisante pour rembourser ces créances.”

Quelle menace pour l’économie réelle ?

La zombification de l’économie est un facteur d’essoufflement de la croissance potentielle des pays de l’OCDE en favorisant le ralentissement de la productivité globale des facteurs (PGF) et le moindre investissement des entreprises. Par nature, les entreprises zombies vont à l’encontre de la théorie de la destruction créatrice au centre de la croissance schumpétérienne.

En théorie, les entreprises les plus innovantes devraient évincer les plus faibles hors du marché. Il se produit alors une hausse de la productivité moyenne et un effet de réallocation des travailleurs les plus productifs vers les firmes les plus productives qui ont maintenant le monopole de leur branche d’activités. Ainsi, la présence d’entreprises zombies, enraye ces mécanismes et à terme érode la croissance potentielle. De plus, ces firmes sont par définition moins productives et tendent à investir moins que les autres entreprises, ce qui ralentit les gains de productivité de l’économie, un autre facteur de croissance.

Enfin soutenir ces entreprises par perfusion entraîne une hausse de concurrence, exerçant une pression à la baisse sur les prix non justifiés par un effort d’innovation pouvant mettre en difficulté les entreprises saines. Cela renforce également les barrières à l’entrée de nouvelles firmes sur le marché.

Pour conclure, souvent annoncé, souvent différé, le resserrement de la politique monétaire entraînera avec elle la chute de nombreuses entreprises endettées. Il se pose alors la question de quelle stratégie de sortie de crise adopter afin qu’une hausse de chômage n’entraîne pas une nouvelle récession.  En effet, selon la Banque centrale européenne, 6 % de ces entreprises risquent la faillite dès la fin du programme de rachat d’actif. Cependant, suite à la hausse des prix, causée par la guerre en Ukraine, le gouvernement français a annoncé le prolongement du PGE, afin de reporter, à nouveau, la catastrophe.

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