lutte contre l’inflation: la fed remonte ses taux

Par Ezekiel Kanaan

L’inflation a augmenté aux Etats-Unis à mesure que le pays récupérait de la crise du Covid-19. Il s’agit là de la conséquence d’une forte demande combinée à des taux d’intérêts bas et aux plans de relance du gouvernement américain, ainsi que la conséquence des pénuries liées aux déficiences des chaînes d’approvisionnement. La forte demande de consommation pour les biens et les services au sortir de la crise a dépassé la capacité des offreurs à répondre à la demande par une offre équivalente, ce qui a provoqué une hausse des prix. Par l’augmentation de son taux directeur, la Federal Reserve System, la banque centrale américaine, espère réduire la demande puisque le financement auprès des banques deviendra plus coûteux.

État des lieux de l’inflation aux Etats-Unis

Selon les récentes déclarations de Jérôme Powell, le président de la Fed, l’objectif de la banque centrale américaine est de ramener le taux d’inflation à 2 %. Rappelons que lors de la pandémie, le taux d’inflation était proche de 0% puis il a rapidement augmenté pour atteindre un pic de 9,1 % en juin 2022. Actuellement, le taux d’inflation aux Etats-Unis, ci-dessous le overall CPI, avoisine les 8,2 %.

Le core CPI (consumer price index) est un indicateur sous-jacent qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie pour estimer la variation du prix d’un panier de biens et de services acheté par les ménages. Il s’agit ici de produits moins concernés par la cyclicité des prix. Davantage représentatif de l’incidence réelle de l’inflation pour les Américains, le core CPI atteint 6,6 %.

Les investisseurs et les décideurs politiques regardent de près le core CPI parce que c’est un bon prédicteur de l’inflation à venir. En juillet le core CPI est monté de 0,3 %. En septembre et en août, de 0,6 %.

Les prix de l’immobilier, qui composent les 2/5 du core CPI, ont augmenté en parallèle d’un solide marché du travail qui pousse à la hausse les prix de location. De même pour le prix des services dont la hausse annuelle glissante s’élève à 9,9 %.

De quels outils dispose la Fed pour freiner l’inflation ?

La Fed réagit par l’augmentation de ses taux directeurs, le taux auquel les banques et les unions de crédit américaines empruntent des liquidités et se prêtent entre elles sur l’open market (le marché interbancaire), pour ralentir la hausse durable et générale des prix.

Depuis le 21 septembre 2022, le taux d’intérêt de la Fed oscille dans un corridor de 3 – 3,25 %. Ce taux a augmenté cinq fois cette année (dont trois fois de 0,75 %), des augmentations insolites pour combattre une inflation qui n’a pas été aussi élevée depuis les années 1980.

Le taux d’intérêt est fixé huit fois par an par le FOMC (Federal Open Market Committee). La Fed détermine un couloir dans lequel le taux d’intérêt directeur va évoluer. La limite supérieure correspond au taux d’intérêt sur les réserves excédentaires des banques de second rang à la banque centrale. Et la limite inférieure correspond au taux que les banques de second rang paient à la Fed pour des emprunts d’une durée inférieure à 24 heures. Les emprunts sont généralement des obligations, tels que des bons du Trésor américains.

Une fois une cible de taux fixée, la Fed se rend sur l’open market et réalise des opérations (achats et ventes de titres de dette du gouvernement) pour manipuler la masse monétaire qui influence à son tour les taux d’intérêt. En l’occurrence, la Fed achète indirectement de la dette américaine, la quantité de liquidité en circulation sur le marché interbancaire diminue. Ainsi, les banques de second rang possèdent moins de liquidités et le répercutent par une montée de leurs propres taux. Lors de leur dernière réunion du 12 octobre, les gouverneurs de la Fed ont décidé de calibrer l’augmentation du taux directeur à travers les hausses successives de cette année, au lieu de l’augmenter brusquement, comme ce fut le cas dans les années 1980.

Comment la montée des taux de la Fed est supposée réduire l’inflation ?

Des taux d’intérêts élevés n’incitent pas les banques de second de rang (les banques commerciales) à se prêter de l’argent entre elles, ni même à emprunter auprès de la banque centrale, donc la masse monétaire diminue. Sur le marché interbancaire, les banques de second rang excédentaires peuvent prêter aux banques déficitaires au taux d’intérêt de la Fed, aussi appelé taux de repo. Si le taux est élevé, les banques de second rang sont incitées à moins emprunter parce que le remboursement de l’emprunt sera nécessairement plus coûteux. Ce faisant, elles accordent moins de crédit et réduisent leurs financements. Un taux d’intérêt élevé ralentit l’économie parce que les entreprises, les ménages et les administrations publiques reçoivent moins de financement des banques, c’est ainsi que la demande diminue.

Malgré les remontées agressives du taux directeur, l’inflation n’est descendue qu’à 8,2 % début octobre, notamment à cause d’une baisse des prix de l’essence. Cette baisse est contrebalancée par la hausse des prix de l’alimentation, dont une augmentation de 30,5 % du prix des œufs et de 24,2 % de la farine.

Selon Jérôme Powell, la banque centrale va continuer d’augmenter ses taux directeurs cette année jusqu’à atteindre 4,6 % en 2023. Combattre agressivement l’inflation par l’usage du taux d’intérêt est une priorité pour la Fed même si les risques de récession se renforcent. Le soft landing espéré par la Fed consiste à réduire le taux d’inflation tout en maintenant un taux de chômage bas, taux qui n’augmente pas pour le moment.

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