Places financières : Vers une fin de l’hégémonie londonienne sur le territoire européen ?

Par Ilian Atienza

Les quarts de finale de la coupe du monde 2022 ont vu la France triompher sur l’Angleterre ce samedi 10 décembre. Cependant ce n’est pas la seule victoire française contre son voisin anglais cette année. Quelques semaines plus tôt en effet, un autre affrontement historique entre places financières européennes a pris un tournant inattendu. Le 13 novembre dernier, l’agence américaine Bloomberg spécialiste des marchés financiers publie un rapport témoignant de la perte du titre de première place financière européenne de la capitale britannique au profit de la capitale française.

L’amorce d’un récent changement de leadership en Europe

Pour la première fois de son histoire la bourse de Paris a dépassé sa voisine britannique en termes de capitalisation boursière. Cette dernière portée par le CAC 40 (les 40 entreprises françaises possédant les plus fortes capitalisations boursières) a atteint une capitalisation boursière de 2.823 milliards de dollars tandis que la Bourse de Londres s’élevait à 2.821 milliards. Ces données ont été obtenues en multipliant le nombre d’action en circulation par le cours du titre en bourse et permettent à Paris de prendre provisoirement la tête du classement des places financières d’Europe avec une légère avance sur son concurrent outre-Manche.

Mais alors comment expliquer cet ébranlement de la Bourse de Londres ? Le BREXIT fait partie des principaux coupables car il a fragilisé intrinsèquement l’écosystème financier britannique. Dès les résultats du vote, la fameuse « City » subissait les effets de manière quasi instantanée. À titre d’illustration en 2016 l’écart entre les deux places européennes s’élevait à 1.500 milliards de dollars. Cet écart n’a fait que se réduire depuis l’introduction du BREXIT permettant aujourd’hui à Paris de se vanter de la place de leader. L’économie britannique a dû faire face au départ d’au moins 450 sociétés financières et au gain d’attractivité des places financières Euronext (Paris, Amsterdam ou encore Dublin) à ses dépens. De surcroît son divorce avec l’union européenne oblige les opérateurs britanniques à ne plus proposer d’actions aux clients européens.

Cependant le BREXIT ne constitue pas l’unique facteur déterminant du déclin graduel de la London Stock Exchange. Les performances admirables des mastodontes financiers que représente les « KOHL » semblent faire parties des éléments permettant à Paris de jouer des coudes avec son antagoniste londonien.

Les causes récentes d’une progressive déperdition de la London Stock Exchange

Ce duel entre places financières européennes doit être analysé selon différents angles, l’affaiblissement britannique s’explique d’une part par sa sortie de l’union européenne et ses conséquences mais elle s’explique d’autre part par l’essor de grandes entreprises françaises qui viennent gonfler la capitalisation boursière de la Bourse de Paris. En effet, les KOHL (Kering, L’Oréal, Hermès et LVMH) qui sont de grandes maisons françaises du luxe sont modestement comparées aux GAFAM américaines (ces dernières représentant 9000 milliards de dollars de capitalisation boursière). La comparaison n’est pas tant excessive sachant qu’à elles seules ces reines du luxe à la française pèsent près de 800 milliards de dollars soit environ 30% de la capitalisation boursière de la Bourse de Paris.

Il est également important de noter que le Royaume-Uni a souffert plus abondamment de l’inflation que son voisin hexagonal, en septembre l’inflation atteignait 6% en France grâce aux vertus du bouclier énergétique contre 9% pour les Britanniques. Cette hétérogénéité face aux aléas de la conjoncture économique contribue à la montée en puissance de la place financière parisienne. Par ailleurs cette bataille contre l’inflation risque d’avoir des conséquences sur la croissance de l’économie britannique et encore favoriser la France dans ce duel. La London Stock Exchange est encore vaincue mais cette fois-ci sur un autre terrain, celui des devises. La Livre Sterling n’a cessé de se déprécier face au Dollar américain, environ 13% depuis septembre contre 9% pour l’Euro.

La comparaison des capitalisations boursières des deux pays étant faites en dollars on comprend aisément l’influence de cette dépréciation pour cette course à la première place financière européenne. Ces six dernières années ont donc fragilisé la place financière britannique et ce au profit de ses voisins français, irlandais ou encore néerlandais mais la Bourse de Londres est une vielle et solide institution aux fondations durables. Par conséquent il faut être prudent quant aux conséquences de ce passage provisoire de couronne et ne surtout pas y voir la fin de l’ère financière londonienne.

Pas de conclusions hâtives : La Bourse de Londres n’a pas dit son dernier mot

Le fantasme financier français n’aura duré qu’un temps. Le 22 novembre, soit neuf jours après cette annonce historique de Bloomberg attribuant la place de première place financière européenne à Paris, ce dernier mettait à jours les capitalisations boursières, désormais 2.855 milliards de dollars pour la City contre 2.822 milliards pour la ville lumière. Londres, malgré cet épisode négatif, est toujours resté devant Paris sur le marché des dérivés, des métaux précieux ainsi que celui des devises. De plus en termes d’action classique la France devance son concurrent anglais mais si l’on ajoute les certificats de dépôts permettant à des firmes étrangères d’être cotées sur d’autres places financières on observe la City récupérer sa première place.

Refinitiv ,spécialiste des marchés financiers, n’obtient quant à lui pas du tout les mêmes résultats que son concurrent Bloomberg en termes de capitalisation boursière le 13 novembre. Ce dernier valorisait la capitalisation boursière de la Bourse de Londres à 6.200 milliards de dollars contre 3.700 milliards de dollars pour la Bourse de Paris. L’avance de la City sur son outsider parisien semble être d’après Refinitiv beaucoup plus confortable qu’on pourrait le penser. Et si l’on observe la situation de manière plus globalisée et pas uniquement en étant centré sur l’Europe, on constate que la London Stock Exchange surplombe la Bourse de Paris. À titre d’illustration dans le récent classement du Global Financial Centres index, Londres est distancée de loin par Wall Street mais réussi à se placer deuxième devant l’imposant Hong-Kong. La Bourse de Paris quant à elle clôturait le Top 10 des places financières mondiales. La Bourse de Londres n’a donc bel et bien pas dit son dernier mot et l’essor de la Bourse de Paris ne permet toujours pas de détrôner durablement la fameuse City.

Cependant cette capitalisation boursière croissante est le témoin d’une dynamique vertueuse et encourageante pour Paris. Qui plus est, la place française commence à devenir spécialiste dans des branches de la finance dynamiques et prometteuses comme la finance verte qui est plus actuelle et nécessaire que jamais. La finance fait donc place à l’envol de la Bourse de Paris et de ses camarades d’Euronext profitant d’une fragilisation de la Bourse de Londres. Toutefois cet envol ne constitue en aucun cas la fin de l’hégémonie londonienne, la place financière britannique a encore de beaux jours devant elle et la volonté des financiers français de supplanter la Bourse de Londres témoigne de son statut de pilier de la finance européenne et mondiale.

Illustration du déclin britannique

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